Portrait de Kim Jong-un : Le Maître Absolu de Pyongyang et la Continuité de la Dynastie Kim
Depuis décembre 2011, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) est dirigée d'une main de fer par Kim Jong-un. Troisième représentant de la seule dynastie communiste héréditaire au monde, il a succédé à son père Kim Jong-il, lui-même héritier du fondateur de la nation, Kim Il-sung. Longtemps perçu par la communauté internationale comme un jeune dirigeant inexpérimenté et potentiellement fragile, Kim Jong-un a balayé tous les doutes en consolidant son pouvoir absolu à travers une terreur méthodique, une doctrine militaire agressive et une personnalisation extrême du régime. Son parcours, qui lie une enfance mystérieuse en Europe à la gestion brutale d'un État nucléaire, entre aujourd'hui dans une nouvelle phase : celle de la préparation de sa propre succession.
I. Les années suisses : L'éducation clandestine d'un prince de l'ombre
Rien ne laissait présager publiquement que Kim Jong-un deviendrait le choix de son père pour diriger le pays. Né de l'union de Kim Jong-il et de la danseuse Ko Yong-hui, il passe une partie de son adolescence en Suisse, loin de la propagande de Pyongyang.
De 1996 à 2001, sous le pseudonyme de « Pak-un », il étudie incognito près de Berne, notamment à l'école publique de Liebefeld-Steinhölzli. Ses anciens camarades de classe le décrivent alors comme un adolescent discret, parfois timide, mais doté d'un esprit de compétition féroce, en particulier sur les terrains de basket-ball. Grand admirateur de la NBA et de Michael Jordan, le jeune Kim collectionne les baskets de marque et passe ses soirées à jouer aux jeux vidéo ou à regarder des films d'action hollywoodiens.
Cette exposition précoce à la culture occidentale et au mode de vie européen n'a pourtant pas fait de lui le réformateur libéral que certains experts espéraient à son arrivée au pouvoir. Au contraire, cette période d'exil semble avoir renforcé sa conviction que le secret et le contrôle total étaient les clés de la survie de sa famille.
II. Une accession brutale au pouvoir et les gestes de terreur fondateurs
Le destin de Kim Jong-un bascule au début des années 2000. Son demi-frère aîné, Kim Jong-nam, commet l'erreur fatale d'être arrêté au Japon avec un faux passeport pour visiter Disneyland, tombant ainsi en disgrâce auprès de leur père. Kim Jong-un devient alors le favori secret de Kim Jong-il. À la mort de ce dernier en décembre 2011, le jeune homme, alors âgé d'à peine 27 ans, est propulsé au rang de Commandant suprême.
Pour asseoir une légitimité immédiatement contestée par les élites plus âgées, Kim Jong-un choisit la stratégie de la violence radicale et spectaculaire. Il purge méthodiquement l'appareil d'État de tous les cadres jugés infidèles ou trop puissants.
- L'exécution de son oncle : En décembre 2013, il fait arrêter en plein bureau politique Jang Sung-taek, son propre oncle par alliance et mentor, qui assurait une forme de régence. Accusé de trahison, il est immédiatement exécuté. Ce geste envoie un message clair : personne, pas même la famille proche, n'est à l'abri.
- L'assassinat de son frère : En février 2017, la paranoïa du régime frappe à l'étranger. Son demi-frère exilé, Kim Jong-nam, est assassiné en plein aéroport de Kuala Lumpur en Malaisie, empoisonné par deux femmes manipulant l'agent neurotoxique VX. Par ce geste, Kim Jong-un élimine définitivement la seule alternative politique masculine crédible de sa génération au sein de la lignée.
III. La vision politique : Le mimétisme historique et le statut nucléaire
Sur le plan politique, Kim Jong-un opère un virage stratégique majeur par rapport à son père. Kim Jong-il gouvernait par la politique du Songun (priorité absolue à l'armée), restant un leader secret et distant. Kim Jong-un choisit au contraire de sauter une génération et d'imiter son grand-père, Kim Il-sung, le fondateur de la Corée du Nord, toujours profondément vénéré par la population.
Kim Jong-un adopte la démarche, la coupe de cheveux, les costumes sombres et les lunettes en écaille de son grand-père. Il se montre souriant, serrant des mains et embrassant des enfants, recréant une nostalgie de l'âge d'or nord-coréen.
Sa vision repose sur la doctrine du Byungjin : le développement simultané de l'économie et de l'arsenal nucléaire. Sous son règne, les programmes balistiques et nucléaires progressent à une vitesse fulgurante. Il inscrit le statut de puissance nucléaire de la Corée du Nord dans la Constitution et multiplie les essais de missiles intercontinentaux capables de frapper le territoire américain. Pour Kim Jong-un, la bombe atomique n'est pas une monnaie d'échange, mais l'unique bouclier garantissant que son régime ne subira jamais le sort de la Libye de Kadhafi ou de l'Irak de Saddam Hussein.
IV. Les femmes du clan : Tante, Sœur et l'émergence de la Fille
Le pouvoir à Pyongyang est une affaire de famille extrêmement restreinte. Pour gouverner, Kim Jong-un s'appuie sur les femmes de sa lignée, tout en verrouillant l'avenir de sa dynastie.
- La tante en retrait : Kim Kyong-hui, la sœur de Kim Jong-il et épouse de l'oncle exécuté Jang Sung-taek, a survécu à la purge de son mari. Écartée pendant plusieurs années, elle réapparaît parfois lors de cérémonies protocolaires privées de contenu politique, servant uniquement de caution historique à la lignée.
- La sœur, bras droit politique : Kim Yo-jong, la sœur cadette du dirigeant, est devenue la femme la plus puissante du pays. Directrice de la propagande et membre clé du Conseil des affaires de l'État, elle gère les dossiers diplomatiques cruciaux et lance de violentes invectives verbales contre Séoul et Washington. Elle est l'exécutante des basses œuvres et le visage agressif du régime à l'international.
- La fille, l'héritière désignée : Depuis fin 2022, le monde assiste à l'ascension fulgurante de Kim Ju-ae, la fille de Kim Jong-un, âgée d'environ 13 ou 14 ans. Longtemps cachée, elle accompagne désormais son père lors de tous les grands lancements de missiles et banquets militaires. La propagande d'État a modifié son vocabulaire pour la qualifier de « grande personne qui guide la voie », un titre exclusif aux dirigeants suprêmes. Face à la santé fragile de Kim Jong-un (obésité, tabagisme, problèmes cardiovasculaires), cette mise en scène précoce vise à habituer l'armée et la population à l'idée qu'une femme de la quatrième génération prendra un jour la tête de la dynastie du sang de Paektu.
En quinze ans de règne, Kim Jong-un a transformé la perception que le monde avait de lui. Il n'est plus le jeune héritier inexpérimenté, mais un dictateur redoutable, pragmatique et impitoyable. En éliminant ses rivaux masculins directs et en ancrant le statut nucléaire de son pays, il a sécurisé son pouvoir à court et moyen terme. L'avenir de son régime se joue désormais sur sa capacité à briser les codes d'une société nord-coréenne profondément patriarcale pour imposer sa fille, Kim Ju-ae, comme sa digne successeuse, assurant ainsi la survie de la dynastie Kim pour les décennies à venir.
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