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Haïti : Le retour forcé à Carrefour-Feuilles, entre désespoir et abandon étatique
À Port-au-Prince, le quartier de Carrefour-Feuilles vit une situation paradoxale. Après trois ans d’exil, des dizaines de familles tentent de regagner leur foyer. Ce mouvement ne traduit pourtant pas un retour à la paix, mais illustre le désespoir absolu d’une population prise au piège entre la misère des camps de réfugiés et la terreur des gangs armés.
L’illusion d’une victoire sécuritaire
Pour les observateurs et les organisations de défense des droits humains, ces retours ne doivent pas être interprétés comme une amélioration de la sécurité. Darbenski Gilbert, membre de l’Ordre des défenseurs des droits humains, qualifie ce phénomène d’« abandon orchestré ».
L’État haïtien ne contrôle toujours pas la zone. En revenant chez eux, les habitants s'exposent volontairement à un danger mortel, simplement parce que la vie dans les centres d'hébergement temporaires est devenue totalement insupportable. Sans accès à l'eau, à la nourriture ou à des conditions sanitaires minimales, rester dans les camps revenait à condamner leurs familles à une mort lente.
Une double menace pour les civils
Aujourd’hui, la population qui tente de réinvestir Carrefour-Feuilles fait face à un double péril :
- La terreur brute des gangs : Des groupes lourdement armés, notamment le gang de Grand Ravine, continuent d'étendre leur contrôle par des pillages, des viols et des enlèvements.
- Les dommages collatéraux des forces de l'ordre : Les résidents craignent les exécutions sommaires et les bavures lors des opérations de ratissage menées par la police nationale.
Face à cette absence totale de l'autorité publique, des brigades de vigilance citoyenne et d'autodéfense locale se forment pour tenter de protéger les rues. Une solution désespérée qui augmente le risque de chaos et de règlements de comptes.
Un cri de détresse pour de vraies garanties
Vivre sous la menace constante de groupes criminels de plus en plus violents est devenu intolérable pour le peuple haïtien. Les vagues de retour actuelles ne sont pas un choix, mais un ultime recours pour la survie.
Les citoyens ne réclament pas des interventions policières éphémères qui laissent le quartier vulnérable dès le départ des blindés. Ils exigent des garanties permanentes : le rétablissement durable de l'ordre, le démantèlement définitif des réseaux criminels et le droit fondamental de circuler librement dans leur propre pays.
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