Projet Sunrise : Le marathon aérien d'Airbus et Qantas entre Toulouse et l'Australie
L'aviation commerciale vient de franchir sa « dernière frontière ». Le prototype de l'Airbus A350-1000ULR a réussi son premier vol d'essai direct entre Toulouse et l'Australie. Après un aller bouclé en un peu plus de 19 heures, l'appareil entame son voyage retour : une odyssée aérienne de pratiquement 23 heures conçue pour pousser la machine et les hommes au bout de leurs capacités.
Pourquoi un tel vol ?
Ce vol historique sert de banc d'essai grandeur nature pour valider la certification du programme Project Sunrise. Porté par la compagnie australienne Qantas, ce projet fou a un but précis : relier pour la première fois en ligne directe et sans escale les villes de l'est de l'Australie (Sydney, Melbourne) à Londres et New York. Pour l'avionneur européen Airbus, ce trajet de validation permet de tester le comportement aérodynamique, la gestion informatique du carburant et la résistance des systèmes de bord sur un vol d'une traite de près de 17 000 kilomètres.
Une collaboration unique dans le cockpit
Pour ce vol technique retour à destination de Toulouse, l'équipage n'est pas ordinaire. Il réunit une équipe mixte : quatre pilotes d'essai et cinq ingénieurs navigants d'Airbus, accompagnés cette fois par deux pilotes chevronnés de la compagnie Qantas. L'objectif de cette équipe franco-australienne est d'analyser en temps réel le comportement de l'appareil et la vigilance humaine sur près d'une journée complète passée dans les airs.
Des technologies de pointe pour surveiller la fatigue
Passer 23 heures dans un cockpit représente un défi neurologique inédit. Pour mesurer scientifiquement l'impact de ce vol ultra-long-courrier sur la vigilance des pilotes, le cockpit a été transformé en un véritable laboratoire volant grâce à plusieurs technologies clés :
- Casques d'électroencéphalographie (EEG) portables : Les pilotes sont équipés de dispositifs légers mesurant l'activité électrique de leur cerveau. Ces capteurs permettent de détecter instantanément les signes de micro-sommeil, la baisse d'attention ou l'apparition d'ondes cérébrales liées à l'épuisement avant même que le pilote ne s'en rende compte.
- Biocapteurs et actigraphie : Les membres d'équipage portent des montres connectées médicales de haute précision. Elles enregistrent en continu la variabilité de la fréquence cardiaque (un excellent indicateur du stress et de la fatigue), la température corporelle et les cycles de micro-mouvements pour évaluer la qualité du sommeil lors de leurs pauses réglementaires dans les couchettes.
- Tests de vigilance sur tablettes (PVT) : À intervalles réguliers tout au long des 23 heures de vol, les pilotes effectuent des tests standardisés de temps de réaction psychomotrice. Ces exercices rapides mesurent de manière objective la vitesse de traitement de l'information et la dégradation potentielle de leurs réflexes au fil des heures.
Les secrets d'un avion hors-norme
Pour relever le défi de tenir l'air pendant près de 23 heures en continu, l'A350-1000 standard a dû subir d'importantes modifications industrielles :
- Le rajout d'un réservoir d'essence : Les ingénieurs d'Airbus ont greffé un réservoir central arrière supplémentaire capable d'accueillir 20 000 litres de carburant de plus qu'un A350 classique, donnant à l'appareil le rayon d'action nécessaire pour traverser la planète sans ravitaillement.
- Plus de 100 passagers en moins : Alors qu'un Airbus A350-1000 standard peut accueillir confortablement entre 350 et 410 passagers, la version ULR (Ultra Long Range) sera limitée à seulement 238 sièges. Ce sacrifice commercial permet d'alléger considérablement l'avion pour économiser du carburant, et offre l'espace nécessaire pour intégrer une zone de bien-être où les voyageurs pourront s'étirer afin de combattre les effets du décalage horaire.
Avec la réussite de cette campagne d'essais en vol et la collecte de précieuses données scientifiques, la liaison régulière la plus longue du monde est désormais une réalité technique validée par les ingénieurs.
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