L'affaire « Frère Love » : Derrière le faux diacre, l'ombre des dérives sectaires et des viols
C’est une affaire glaçante qui secoue l’Île-de-France et la Guadeloupe. Des enquêtes approfondies menées par les journaux Libération et France-Antilles mettent en lumière les agissements de « Frère Love », un homme d'une quarantaine d'années qui se faisait passer pour un diacre et un exorciste. Derrière ce pseudonyme bienveillant se cachent des accusations de viols, d'agressions sexuelles, d'extorsion financière et d’emprise psychologique sur des personnes vulnérables.
Le mode opératoire : la manipulation par la foi
L’individu ciblait principalement des femmes en situation de détresse psychologique, émotionnelle ou spirituelle. En s'autoproclamant diacre prétendument bien introduit au sein des plus hautes instances catholiques, il captait la confiance de ses victimes en s'appuyant sur des codes religieux et une posture d'homme d'Église.
Une fois l’emprise psychologique installée, le faux diacre basculait dans un scénario de dérive sectaire. Il persuadait ses victimes qu'elles étaient possédées ou habitées par des forces maléfiques. L'argument central de sa manipulation consistait à leur faire croire que le démon s'était logé dans leur corps et qu'il était le seul capable de le retirer.
Des faux exorcismes comme paravent aux violences sexuelles
Sous couvert de rituels de délivrance, « Frère Love » imposait des actes sexuels à ses victimes. L'enquête de Libération révèle que ces agissements criminels se sont étalés sur plusieurs années, naviguant entre la région parisienne et les Antilles, profitant de l'isolement de ses cibles pour asseoir sa domination.
Les témoignages recueillis par les journalistes décrivent un mécanisme d'emprise classique mais destructeur :
- L'isolement progressif de la victime.
- Le contrôle de ses moindres faits et gestes sous prétexte de la protéger d'accidents ou du mal.
- Des demandes financières régulières et abusives.
Le témoignage glaçant d'Annabelle
Le récit d'Annabelle (prénom d'emprunt), habitante des Abymes en Guadeloupe et employée dans la fonction publique, illustre parfaitement cette mécanique d'emprise. En 2021, alors qu'elle envisage de se convertir du protestantisme évangélique au catholicisme, son cousin la met en relation avec « Frère Love ».
« Il a tout de suite dit qu’il pourrait m’aider à chasser les démons qui étaient en moi. Je souffre d’endométriose et pour lui, c’est là qu’ils se logeaient », confie-t-elle à Libération.
Frère Love, qui réside alors en banlieue parisienne, commence par instaurer une relation épistolaire étouffante. Il exige de tout savoir, lui envoie des vidéos de ses prétendus exorcismes, lui impose des lectures de psaumes et des bains dans des tenues spécifiques. Très vite, l'aspect financier entre en jeu : l'homme lui envoie son RIB pour exiger des dons réguliers, tandis que ses autres fidèles financent ses billets d'avion et son logement.
Le piège se referme lors de ses voyages aux Antilles. Annabelle raconte :
« Nous nous sommes rencontrés à trois reprises, en Guadeloupe. [...] C’était de plus en plus pesant. Jusqu’à ce qu’il m’agresse sexuellement lors de son troisième voyage, en 2022. »
D'autres victimes, comme Amandine ou Josette, dont les parcours ont été documentés par France-Antilles, décrivent des traumatismes similaires subis sous la coupe de cet imposteur d'origine africaine.
Un appel à la vigilance face aux faux prophètes
Cette affaire rappelle cruellement les dangers des dérives sectaires individuelles, souvent plus difficiles à détecter que les grands mouvements organisés. Les autorités et les associations de défense des victimes rappellent régulièrement qu'aucun rituel religieux légitime n'implique de contacts sexuels, de demandes d'argent abusives ou d'atteintes à l'intégrité physique.
L'enquête de justice devra désormais déterminer l'ampleur exacte des victimes de « Frère Love » afin de mettre définitivement fin à ce parcours d'emprise et de violences.
No comments