Dieu Nalio Chery / AP file
ASSASSINAT DE JOVENEL MOÏSE : LE PROCÈS DE MIAMI S'ACHÈVE, MAIS L'OMBRE DU DOUTE PERSISTE
MIAMI – 6 MAI 2026
Après neuf semaines d'audiences intensives devant le tribunal fédéral de Miami, le procès des derniers accusés de l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse a pris fin ce mercredi. Si le volet logistique orchestré depuis la Floride semble désormais clos, les témoignages de la famille et les zones d'ombre persistantes laissent une nation entière face à une vérité encore partiellement enterrée.
Après neuf semaines d'audiences intensives devant le tribunal fédéral de Miami, le procès des derniers accusés de l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse a pris fin ce mercredi. Si le volet logistique orchestré depuis la Floride semble désormais clos, les témoignages de la famille et les zones d'ombre persistantes laissent une nation entière face à une vérité encore partiellement enterrée.
Le témoignage déchirant de Martine Moïse
L'ancienne Première dame, Martine Moïse, a livré un récit bouleversant de la nuit tragique du 7 juillet 2021. En larmes à la barre, elle a raconté avoir été réveillée par des tirs nourris avant que son mari ne lui demande de se mettre à l'abri.
« Chérie, sommes-nous morts ? », auraient été les derniers mots du président. Blessée et gisant dans son propre sang, elle a décrit avec précision l'intrusion des tueurs. Au-delà de la douleur, elle a pointé du doigt l'absence totale de sécurité ce soir-là, affirmant avec amertume que les agents de la garde présidentielle avaient été « payés pour partir ».
La douleur d'un fils : Le cri de Joverlein Moïse
Joverlein Moïse, le fils du président défunt, a également partagé son traumatisme lors des audiences. Pour lui, ce procès n'est qu'une étape incomplète. Il a exprimé une frustration profonde face à une enquête qui condamne les exécutants et les organisateurs basés aux États-Unis, mais semble s'arrêter brusquement aux portes du pouvoir en Haïti. Pour la famille, justice ne sera véritablement faite que lorsque les commanditaires intellectuels seront sous les verrous.
Le mur du « Secret Défense » : FBI et CIA dans l'ombre
L'un des aspects les plus controversés de ce procès a été l'invocation du secret défense par le gouvernement américain. Ce dispositif a permis de garder sous scellés des informations jugées trop sensibles pour la sécurité nationale, au grand dam des avocats de la défense.
- Informateurs et agents : Les débats ont confirmé que plusieurs suspects clés, dont Arcángel Pretel Ortiz, étaient d'anciens informateurs des agences fédérales américaines (FBI ou DEA).
- Procès « tronqué » : La défense a dénoncé une procédure limitée, où des preuves cruciales sur les liens entre les services secrets américains et les comploteurs n'ont pu être présentées publiquement. Ce silence forcé nourrit les soupçons sur ce que Washington savait réellement avant le passage à l'acte.
Les arguments de la défense : « Des boucs émissaires »
Les avocats des accusés ont soutenu que leurs clients n'étaient que des exécutants manipulés par des acteurs politiques haïtiens de haut niveau. Des noms influents, comme celui de l'ancien président Michel Martelly et de l'ex-Premier ministre Ariel Henry, ont été cités à plusieurs reprises. La défense suggère que le projet initial visait une arrestation légale et qu'il a été détourné par ceux qui bénéficient toujours d'une forme d'impunité en Haïti.
Le cas Christian Emmanuel Sanon : Un procès reporté
Le sort du pasteur Christian Emmanuel Sanon, initialement présenté comme la figure centrale du complot, reste en suspens. Son procès a été reporté à une date ultérieure pour des raisons de procédure et de santé. Sa défense maintient qu'il n'était qu'un « prête-nom » utilisé pour donner une apparence de légitimité à l'opération, sans avoir eu connaissance du projet d'assassinat final.
Un bilan en demi-teinte
Alors que le jury a entamé ses délibérations finales ce 6 mai 2026, le sentiment général reste mitigé. Le procès a permis de prouver la culpabilité logistique et financière des réseaux floridiens, mais il a échoué à identifier formellement qui a donné l'ordre ultime. Pour les proches de Jovenel Moïse, la vérité reste prisonnière d'un jeu politique complexe et de secrets d'État jalousement gardés.
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