Haïti : L'enfer des gangs, le piège des expulsions
PORT-AU-PRINCE — Un rapport accablant du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), publié ce jeudi 6 août 2026, met en lumière une explosion de violence sans précédent depuis deux ans dans la capitale haïtienne. Entre fractures internes des coalitions criminelles, exécutions sommaires et viols collectifs utilisés comme armes de guerre, les civils paient le prix fort d'un conflit qui ne cesse de s'envenimer.
Depuis le mois de mars dernier, les quartiers de Cité Soleil et de la plaine du Cul-de-sac, situés dans l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, sont devenus le théâtre d'affrontements d'une sauvagerie rare. Ces violences découlent directement de fractures de plus en plus profondes au sein de « Vivre Ensemble », la principale coalition de gangs qui maintient la capitale sous sa coupe. En l'espace de quelques mois, ces tensions internes ont fait plus de 600 morts, un bilan qui témoigne d'une escalade meurtrière inédite.
Les civils, cibles et victimes collatérales
L'enquête minutieuse menée par le Binuh démontre que la violence ne se limite pas à des règlements de comptes entre criminels. Un quart des personnes tuées ou blessées sont des citoyens ordinaires. Si certains sont frappés par des balles perdues, beaucoup sont délibérément exécutés par les gangs. Ces derniers traquent et éliminent quiconque est soupçonné d'avoir fourni des informations à la police nationale ou à une faction rivale. Le rapport note également qu'une partie des décès est liée aux opérations des forces de sécurité ou à des actes de lynchage populaire par des brigades de vigilance citoyenne désespérées.
Le viol collectif érigé en arme de terreur
L'un des aspects les plus effroyables du rapport concerne la généralisation des violences sexuelles. Au moins 176 cas de viols ont été officiellement recensés, un chiffre que l'ONU qualifie de largement sous-estimé en raison de la stigmatisation et de la terreur qui empêchent les victimes de parler.
« La grande majorité des femmes et jeunes filles qui ont été violées l'ont été dans ces circonstances [de viols collectifs]. Ces femmes, dès qu'elles sont violées, sont stigmatisées. »
— Arnaud Royer, directeur du département des droits humains du Binuh
Les agressions ciblent toutes les tranches d'âge de la population féminine, détruisant des vies de manière indélébile au sein de communautés déjà exsangues.
« Au minimum 176 femmes et jeunes filles ont été violées, la plus jeune avait une dizaine d'années et la plus âgée 71 ans. »
— Arnaud Royer, directeur du département des droits humains du Binuh
Un retour forcé vers l'enfer
Face à ce tableau sombre, la publication de ce rapport résonne comme un énième cri d'alarme alors que la population de Port-au-Prince survit dans des conditions de plus en plus intraitables. Pourtant, dans le même temps, l'administration américaine poursuit de manière imperturbable les expulsions de migrants vers cette île à feu et à sang. En renvoyant ces personnes directement vers un territoire où chacun risque sa vie au quotidien, ces mesures de rapatriement forcé accentuent le drame humain d'une population prise au piège de l'horreur.
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