Haïti : Le scandale Evergreen, un contrat à un demi-billion de dollars dans l'enfer des gangs
Alors que la capitale haïtienne s’enfonce chaque jour un peu plus dans une horreur absolue, une décision financière d'une opacité totale vient de secouer les fondations déjà fragiles de l'État. En pleine crise humanitaire et sécuritaire, le gouvernement de transition a engagé le pays dans un contrat pharaonique de 542,6 millions de dollars sur dix ans avec la mystérieuse entité Evergreen Trading System Limited. À l’heure où sortir de chez soi relève de la roulette russe, l'attribution de ce marché soulève une question morale et politique brutale : où s'arrêtent les priorités d'un peuple qui se meurt ?
Un montant faramineux pour un pays à l'agonie
Plus de 542 millions de dollars américains. Le chiffre donne le vertige, d’autant plus qu'il s'applique à une nation économiquement exsangue. Cette somme astronomique est censée financer la modernisation technologique des douanes et des frontières via des drones, des scanners et des systèmes biométriques.
Pourtant, la réalité du terrain est tout autre. En Haïti, l'économie est paralysée, les hôpitaux manquent de fournitures de base et les écoles restent closes. Engager plus d'un demi-billion de dollars sur une décennie — une période qui dépasse largement le mandat de n'importe quel pouvoir de transition — s'apparente pour beaucoup à un pillage programmé des futures ressources douanières de l'État, au profit d'intérêts privés.
L’opacité totale et le mystère des attributions
Comment un tel marché a-t-il pu être octroyé ? C’est ici que le dossier Evergreen bascule dans le roman d'espionnage financier. L'attribution de ce contrat s'est faite dans une opacité absolue, loin des procédures constitutionnelles :
- Un Parlement fantôme : En l'absence de députés et de sénateurs fonctionnels, le contrat a été validé en coulisses, privant la population de tout débat démocratique.
- Le spectre d'Erik Prince : Derrière la façade d'Evergreen Trading System Limited se cachent des liens étroits avec le consortium Vectus Global, une structure liée à Erik Prince, le sulfureux fondateur de la milice privée américaine Blackwater.
- Une Cour des comptes contestée : La signature de l'accord a été arrachée auprès d'une Cour supérieure des comptes dont le mandat des juges était contesté par plusieurs organisations de la société civile, jetant un doute immense sur la légalité même de la démarche.
Sécuriser les frontières ou survivre au quotidien ?
L'argument du gouvernement est simple : pour stopper le trafic d'armes qui alimente la violence, il faut contrôler les ports et les frontières. L'intention semble louable, mais elle sonne terriblement faux aux oreilles des Haïtiens.
Aujourd'hui, le danger ne vient pas seulement des côtes, il est au coin de la rue. Les gangs armés contrôlent la majorité du territoire national, surveillent les axes routiers et tuent quand bon leur semble. Rester chez soi est devenu une condamnation à l'angoisse ; en sortir est une prise de risque mortelle.
Dans ce contexte de terreur pure, la priorité absolue devrait être le démantèlement immédiat de ces syndicats du crime, la libération des quartiers assiégés et le retour à une sécurité publique minimale. Investir des sommes folles dans des infrastructures douanières high-tech alors que le cœur même de Port-au-Prince brûle et que la population meurt de faim apparaît, au mieux, comme une déconnexion totale de l'élite politique, au pire, comme une vaste opération de corruption internationale sur le dos d'un peuple à genoux.
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