Quarante ans après son assassinat, le capitaine burkinabè demeure l'une des figures politiques les plus admirées du continent africain.
Il n'a dirigé son pays que pendant quatre années. Pourtant, son nom résonne encore dans les rues de Ouagadougou, les amphithéâtres universitaires, les mouvements citoyens et les débats politiques à travers toute l'Afrique. Plus de quarante ans après son assassinat, Thomas Sankara continue d'incarner, pour des millions d'Africains, l'image d'un dirigeant intègre, visionnaire et profondément attaché à la dignité de son peuple.
Un enfant de Haute-Volta devenu capitaine
Thomas Isidore Noël Sankara naît le 21 décembre 1949 à Yako, en Haute-Volta, aujourd'hui Burkina Faso.
Très tôt attiré par la carrière militaire, il intègre les écoles de formation des officiers avant de poursuivre une partie de son instruction à Madagascar. Il y découvre les mouvements révolutionnaires et les aspirations populaires qui marqueront durablement sa pensée politique.
Officier brillant, charismatique et proche de ses hommes, Sankara gravit rapidement les échelons de l'armée voltaïque.
L'arrivée au pouvoir
Au début des années 1980, la Haute-Volta traverse une profonde crise économique et politique.
Le 4 août 1983, à seulement 33 ans, Thomas Sankara prend le pouvoir à la faveur d'un coup d'État soutenu notamment par son ami d'alors, Blaise Compaoré.
Dès son arrivée à la tête de l'État, il annonce une véritable révolution politique.
Un an plus tard, il rebaptise le pays Burkina Faso, qui signifie « le pays des hommes intègres », rompant ainsi avec l'ancien nom hérité de la période coloniale.
Le changement dépasse le symbole : il veut transformer la manière de gouverner.
Une autre vision du pouvoir
Contrairement à de nombreux chefs d'État africains de son époque, Thomas Sankara refuse les privilèges liés à sa fonction.
Il réduit son salaire, vend une partie du parc automobile présidentiel composé de véhicules de luxe et remplace les limousines officielles par des voitures plus modestes.
Il interdit aux ministres les dépenses somptuaires, limite les avantages des hauts fonctionnaires et encourage une gestion rigoureuse des finances publiques.
Pour lui, l'exemplarité devait commencer au sommet de l'État.
Il déclarait :
« Il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l'eau potable pour tous. »
Cette phrase résume à elle seule sa philosophie politique.
Une révolution sociale
Durant ses quatre années au pouvoir, Sankara lance de nombreuses réformes.
Il mène une vaste campagne de vaccination contre la rougeole, la méningite et la fièvre jaune, permettant de protéger des millions d'enfants.
Il développe des programmes de construction d'écoles, de centres de santé et de logements.
Il encourage la production agricole locale afin de réduire la dépendance alimentaire du pays.
Sous son mandat, le Burkina Faso améliore sensiblement son autosuffisance en céréales.
Un pionnier de la cause des femmes
Bien avant que ces sujets ne deviennent des priorités internationales, Thomas Sankara fait de l'émancipation des femmes un axe majeur de son action.
Il nomme des femmes à des postes de responsabilité.
Il lutte contre les mariages forcés, condamne les mutilations génitales féminines et encourage la scolarisation des jeunes filles.
Son célèbre discours reste aujourd'hui largement cité :
« La révolution et la libération de la femme vont de pair. »
Pour beaucoup d'historiens, il fut l'un des premiers dirigeants africains à faire de l'égalité entre les hommes et les femmes une véritable politique publique.
Une parole qui dépasse les frontières
Thomas Sankara devient rapidement une figure internationale.
Son discours le plus célèbre est prononcé le 29 juillet 1987 devant l'Organisation de l'unité africaine (OUA), à Addis-Abeba.
Il y appelle les pays africains à refuser collectivement le paiement de la dette extérieure, estimant qu'elle constitue un instrument de domination économique.
Il déclare notamment :
« La dette ne peut pas être remboursée. »
Ce discours fait le tour du monde et renforce son image de dirigeant indépendant, prêt à défier les grandes puissances et les institutions financières internationales.
Aujourd'hui encore, cette intervention est étudiée dans de nombreuses universités africaines.
Un président adulé... mais aussi contesté
L'image de Thomas Sankara reste extrêmement positive auprès d'une grande partie de la jeunesse africaine.
Mais son exercice du pouvoir demeure également débattu.
Son gouvernement met en place des Comités de défense de la Révolution (CDR), chargés de mobiliser la population autour des réformes.
Ses partisans y voient un outil de participation populaire.
Ses détracteurs estiment que ces structures ont parfois donné lieu à des abus, à des atteintes aux libertés publiques et à une concentration importante du pouvoir.
Comme de nombreux dirigeants révolutionnaires, son héritage comporte donc des aspects qui continuent d'alimenter les débats historiques.
Le 15 octobre 1987 : la tragédie
Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est tué lors d'un coup d'État à Ouagadougou.
Il meurt avec douze de ses compagnons.
Son ancien ami et compagnon d'armes, Blaise Compaoré, prend alors le pouvoir.
Pendant de longues années, les circonstances exactes de l'assassinat resteront entourées de zones d'ombre.
Ce n'est que plusieurs décennies plus tard que la justice burkinabè mènera un procès historique visant à faire la lumière sur ces événements.
Pourquoi Sankara fascine-t-il encore ?
Peu de dirigeants africains disparus continuent d'exercer une telle influence.
Son image apparaît sur des fresques murales, des affiches, des livres, des documentaires, des chansons et désormais bientôt au cinéma.
Le réalisateur franco-camerounais Thomas Ngijol prépare actuellement un long-métrage consacré à sa vie, preuve que son héritage continue d'inspirer une nouvelle génération d'artistes.
Pour beaucoup de jeunes Africains, Sankara représente la possibilité d'une autre manière de gouverner : plus sobre, plus intègre et davantage tournée vers l'intérêt général.
Un héritage toujours vivant
Quarante ans après sa disparition, Thomas Sankara demeure bien plus qu'un ancien chef d'État.
Il est devenu un symbole.
Celui d'une Afrique qui aspire à écrire elle-même son destin, à valoriser ses ressources, à renforcer sa souveraineté et à placer l'intérêt collectif au-dessus des privilèges individuels.
Que l'on partage ou non l'ensemble de ses choix politiques, Thomas Sankara occupe désormais une place singulière dans l'histoire contemporaine du continent.
Peu de dirigeants africains ont marqué leur époque en seulement quatre années de pouvoir. Encore moins continuent, près de quarante ans après leur disparition, à inspirer autant de débats, d'admiration et de réflexions sur l'avenir de l'Afrique
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