Anicia Berton, l’éternelle « Fanm Djok » : une vie de luttes de front, de la terre antillaise au combat contre la maladie
La Martinique et le monde militant caribéen pleurent une figure d'un courage exceptionnel. Anicia Berton, affectueusement surnommée « Fanm Djok » (la femme forte, solide), s’est éteinte à la suite d’une longue et éprouvante bataille contre un double cancer. Présidente du mouvement Nasyon Matinik et militante infatigable de l’Assaupamar, elle laisse derrière elle l'héritage immense d’une guerrière qui n’aura jamais déposé les armes, menant de front ses combats pour son peuple et sa propre survie.
La maladie comme miroir des injustices coloniales et sanitaires
Pour Anicia Berton, la maladie n'était pas qu'une fatalité biologique ; elle s'inscrivait de manière tragique dans les combats de santé publique qu’elle dénonçait aux Antilles. Touchée par un cancer du sein et un cancer du sang (lymphome), elle a continué à lever la voix alors même que ses forces physiques déclinaient.
Son parcours médical a tristement mis en lumière une autre faille du système : victime du scandale des prothèses mammaires défectueuses PIP, c’est l’absence de suivi et de rappel des autorités de santé qui a provoqué l'apparition de son second cancer. Face à cette injustice gravée dans sa propre chair, Anicia a transformé sa douleur en un moteur politique, exigeant jusqu’à son dernier souffle la transparence, la vérité et la dignité pour toutes les femmes victimes de ces manquements.
Le combat pour le peuple antillais : du Chlordécone à la justice foncière
Anicia Berton a porté sur ses épaules les souffrances partagées de la Martinique et de la Guadeloupe, deux îles sœurs unies par le drame environnemental et la résistance culturelle.
- Le scandale du Chlordécone : Elle a été en première ligne pour exiger la reconnaissance du crime sanitaire du chlordécone, ce pesticide hautement cancérigène qui empoisonne la population des deux îles. En janvier 2021, elle avait mené avec force une grande manifestation à Paris devant le ministère des Outre-mer pour fustiger l’impunité et le non-lieu prononcé dans ce dossier pénal.
- La préservation du littoral et de la terre : Face à la pollution étouffante des sargasses et à l'expropriation des terres agricoles ancestrales, elle incarnait une écologie antillaise radicale, insoumise et ancrée dans le respect de la souveraineté populaire.
- La transmission des symboles : Pour Anicia, la dignité passait aussi par la réappropriation culturelle. Elle a été l'une des militantes les plus actives pour l'adoption et la diffusion du drapeau Rouge, Vert, Noir, symbole d'une identité libérée des traumas coloniaux.
Un héritage indélébile : « Son combat est notre combat »
Jusqu’au bout, Anicia Berton est restée fidèle à sa devise : « Fòs épi Lanmou » (Force et Amour). Elle n'a jamais sacrifié l'avenir des générations futures pour préserver sa propre santé, s’épuisant bénévolement pour le bien commun.
Ses cendres iront désormais rejoindre celles de ses ancêtres, s'enracinant à jamais dans cette terre martiniquaise qu'elle a tant chérie et défendue. Mais au-dessus d'elle, bien ancrés dans le sol, continueront de souffler les vents de la révolte. Un souffle puissant, désormais porté par de nouveaux soldats, une génération de militants affamés et assoiffés de justice et de liberté. Son combat est notre combat. Son héritage est notre force.
1 comment
Pollution pour pour des générations.
Merci pour cette article, le combat doit être continué !!