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Séisme sur le foot antillais : La Ligue de Guadeloupe placée en liquidation judiciaire
C’est une décision historique et sans précédent dans le football français. Le 24 mars 2026, le tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre a officiellement prononcé la liquidation judiciaire de la Ligue Guadeloupéenne de Football (LGF). Entre dettes colossales, scandales judiciaires et rupture totale avec les clubs, retour sur la chute d’une institution devenue ingouvernable.
Le naufrage d'une institution
Le verdict est tombé comme un couperet : la LGF n'existe plus sous sa forme actuelle. Avec un passif estimé à plus d'un million d'euros, la structure était en état de mort clinique financière. Malgré plusieurs tentatives de médiation, le tribunal a estimé que le redressement était impossible. Cette liquidation marque la fin d’une ère de turbulences qui a fini par paralyser le sport le plus populaire de l’archipel.
Une gestion sous le feu des critiques
Au cœur de ce séisme, le volet judiciaire a pesé lourd. En septembre 2025, l'ancien président Jean Dartron avait été condamné à deux ans de prison avec sursis pour prise illégale d'intérêts et détournement de subventions. Ce mélange des genres et l'opacité financière ont fini par tarir les aides publiques et briser le lien de confiance avec les partenaires institutionnels.
Salariés de la Ligue : Le prix fort de la faillite
Derrière les chiffres et les décisions de justice, il y a des visages : ceux des salariés de la LGF. Pour eux, l'annonce est un choc brutal. La liquidation judiciaire signifie, à terme, la fin des contrats de travail. Si la poursuite d'activité de trois mois sécurise temporairement leurs salaires, l'incertitude est totale pour la suite.
- Licenciements économiques : La plupart des employés craignent de ne pas être reconduits dans la future structure.
- Un sentiment d'injustice : Beaucoup expriment leur amertume, s'estimant victimes d'une gestion dont ils ne sont pas responsables. "On paie les pots cassés des dirigeants", confie anonymement un administratif.
Entre soulagement et inquiétude : Les réactions
L'onde de choc traverse toutes les strates du football guadeloupéen :
- Les Présidents de clubs : Pour beaucoup, c'est un "mal nécessaire". Après avoir voté à 77 % contre la direction sortante en octobre 2025, ils voient dans cette liquidation la seule chance de repartir sur des bases saines. "On ne pouvait plus travailler avec une instance qui ne nous écoutait plus", résume un dirigeant de club de Régionale 1.
- Les Joueurs et Supporters : L'inquiétude domine. Si les championnats vont à leur terme, la crainte d'une saison prochaine "blanche" ou désorganisée pèse sur les esprits. Les supporters, eux, sont partagés entre la colère de voir leur football ainsi sali et l'espoir d'un renouveau.
- Les Familles : Pour les parents de jeunes licenciés, la priorité est la continuité des compétitions. "Le foot est un échappatoire pour nos jeunes. On espère juste que les écoles de foot ne seront pas les victimes collatérales de cette guerre de pouvoir", explique une mère de famille.
La stratégie de la "table rase" de la FFF
Fait exceptionnel, la Fédération Française de Football (FFF) a elle-même poussé vers cette liquidation. Plutôt que de renflouer une structure à la dérive, l'instance nationale a préféré l'option de la "page blanche". L'idée est simple : liquider le passé pour reconstruire une nouvelle entité sous l'égide d'un comité de gestion provisoire.
Quel avenir pour le ballon rond en Guadeloupe ?
Dès l'été 2026, une nouvelle structure de gestion devrait voir le jour. Le défi sera immense : restaurer la crédibilité du football guadeloupéen, réintégrer les salariés essentiels et surtout, remettre le jeu au centre des préoccupations, loin des tribunaux et des querelles de clocher.
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