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Guadeloupe : Scandale des « morts oubliés » en Guadeloupe : Chronique d’une faillite humaine et administrative
March 24, 2026

Guadeloupe : Scandale des « morts oubliés » en Guadeloupe : Chronique d’une faillite humaine et administrative

Scandale des « morts oubliés » en Guadeloupe : Chronique d’une faillite humaine et administrative

Derrière l’affaire de l’espace funéraire Duhamel se cache un dossier bien plus vaste : celui d’une cinquantaine de corps, dont 22 bébés, restés en souffrance entre la morgue du CHU et des conteneurs frigorifiés. Entre incurie municipale, escroquerie présumée et détresse sociale, la Guadeloupe fait face à un scandale sans précédent.
L’horreur a un nom : le « dossier des indigents ». Depuis 2020, le CHU de Guadeloupe lutte pour donner une sépulture digne aux personnes non réclamées par leurs familles. Mais ce qui devait être une procédure administrative de routine s’est transformé en un naufrage éthique et judiciaire.
Le CHU et les Abymes : La guerre des chiffres et des tombes
Tout commence par un bras de fer entre le CHU et la mairie des Abymes. La loi est pourtant formelle : la commune du lieu de décès doit inhumer les indigents sous 14 jours.
Pourtant, depuis quatre ans, la ville oppose une fin de recevoir, invoquant un manque de place au cimetière communal. Une version contredite par l’enquête : un terrain de 1 500 m² est disponible et capable d'accueillir ces défunts. En réalité, le blocage semble financier. Le CHU a déjà dû avancer des frais de crémation que la mairie refuse de rembourser, menant l'hôpital à réclamer 500 000 euros devant le tribunal administratif pour les frais de conservation prolongée.
Le drame insoutenable des 22 bébés
Au cœur de cette morgue saturée, le chiffre glace le sang : 22 bébés, âgés de 0 à 2 mois, attendent d’être inhumés ou crématisés. Délaissés par des familles en grande précarité, ces nourrissons sont devenus les victimes invisibles d'un enlisement administratif. Malgré les listes fournies par le Dr Tania Foucan, cheffe du service médico-légal, et les rappels à l'ordre du Sous-Préfet, ces corps sont restés « stockés », parfois dans des conteneurs de location, au gré des pannes de climatisation.
L’opportunisme criminel : L’affaire Bruno Manco
C’est dans ce contexte de saturation critique que le CHU, désespéré, se tourne vers le privé. En novembre 2023, un protocole est signé avec Bruno Manco, gérant des pompes funèbres Duhamel. L'hôpital lui verse plus de 720 000 euros pour prendre en charge 20 corps.
L'enquête révélera l'impensable : non seulement le prestataire avait perdu son habilitation préfectorale, mais il n'a jamais procédé aux inhumations. Pire, lors de perquisitions fin février 2026, les gendarmes découvrent 20 dépouilles au Gosier et à Sainte-Anne, conservées dans des conditions atroces après des pannes électriques signalées dès octobre 2024 par une employée restée, à l'époque, sans réponse de l'ARS.
Une île sous le choc, des politiques qui s'affrontent
Le sénateur Victorin Lurel est monté au créneau, dénonçant une tentative de minimiser l'affaire sous prétexte qu'il s'agit de « corps d'indigents ou d'étrangers ». Il réclame une enquête administrative approfondie sur la gestion du CHU et des opérateurs funéraires de l'île.
De son côté, le maire des Abymes, Eric Jalton, reste silencieux, alors qu'un arrêté préfectoral vient de contraindre sa commune à procéder enfin à la crémation de 31 corps.
Un bilan judiciaire lourd
Aujourd'hui, Bruno Manco est visé par une enquête pour escroquerie aggravée, travail clandestin et exercice illégal de l'activité funéraire. Mais au-delà de la responsabilité pénale d'un homme, c'est toute une chaîne de dignité humaine qui s'est brisée entre l'hôpital, l'État et la collectivité locale.
Courrier du Sénateur Victorin Lurel




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