Kenscoff sous les verrous : 16 membres de gangs abattus et l’ombre d’une crise sans fin
Par l'Équipe de French Boulevard — 23 Février 2026
Dans la nuit du 20 au 21 février 2026, la commune de
Kenscoff
a été le théâtre d’une opération policière d’une envergure rare. Alors que le pays s'enfonce dans une spirale de violence depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, cette intervention marque un tournant musclé dans la stratégie de la Police Nationale d’Haïti (PNH).L'opération de Kenscoff : Un assaut technologique et tactique
L’opération, lancée vers minuit, a visé les localités de
Godet
et Wynn Farm
. Pour la première fois de manière aussi coordonnée, la PNH a utilisé des drones de surveillance et des tireurs d'élite pour encercler les membres des gangs Grand Ravine et Village-de-Dieu qui tentaient de s’installer dans ces zones d'altitude.Le bilan est lourd : au moins 16 membres de gangs ont été tués. Cette offensive a été soutenue par la Task Force de la Primature et des contractants de sécurité privés (Vectus Global). Cependant, malgré ce succès tactique, la zone reste sous haute tension : quelques heures plus tard, deux employés de la Natcom ont été froidement abattus dans la zone de Morne Tranchant.
Haïti depuis 2021 : L’héritage d’un vide de pouvoir
Pour comprendre pourquoi des zones autrefois paisibles comme Kenscoff sont aujourd'hui des champs de bataille, il faut remonter au 7 juillet 2021. L'assassinat de Jovenel Moïse a agi comme un catalyseur, transformant une instabilité chronique en un chaos sécuritaire total.
- L’explosion territoriale des gangs : Profitant du vide institutionnel, les gangs se sont regroupés, notamment sous la coalition Viv Ansanm, pour contrôler aujourd’hui environ 85 % à 90 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
- Une violence débridée : Depuis 2022, plus de 16 000 personnes ont perdu la vie à cause des violences armées. Rien qu'en 2024, l'ONU a recensé plus de 5 600 homicides.
- Déplacements massifs : Plus de 1,3 million d'Haïtiens ont été forcés de fuir leur foyer, créant la plus grande crise de déplacement de l'histoire du pays.
- Paralysie de l'État : Les institutions sont moribondes. Sans président élu ni parlement fonctionnel, la justice est quasi totalement paralysée, laissant le champ libre à une impunité généralisée.
Kenscoff, nouveau bastion de résistance ?
Kenscoff n'est plus seulement la banlieue résidentielle de l'élite. C'est devenu un enjeu stratégique pour les gangs qui cherchent à contrôler les routes vers le sud-est et à rançonner les producteurs agricoles. En un an, la commune a enregistré plus de 450 morts liés aux violences armées.
L'opération réussie de ce week-end montre une volonté de reprise en main, mais la question demeure : une intervention policière peut-elle suffire là où l'absence d'État social et politique a laissé un vide que seuls les fusils de guerre semblent aujourd'hui combler ?
Pour aller plus loin :
- Consultez les derniers rapports du BINUH sur la situation en Haïti.
- Suivez les alertes de sécurité de l'Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince.
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